Les faces cachées de Laon
Les faces cachées de Laon, journée culturelle de l’AMOPA. avril 2026
La journée ensoleillée nous a permis, grâce à madame la Préfète de visiter l’ancienne abbaye Sainte Marie et Saint Jean, devenue après la révolution française préfecture de l’Aisne.
Que se cache-t-il derrière les grilles de l’ensemble abbatial ?
Notre conférencière Marie Madeleine Nouvian et le président de la société des amis de Laon et du laonnois nous accueillent. Les secrets bien gardés derrière les murs nous seront peu à peu dévoilés. Les murs actuels révèlent la belle harmonie d’une abbaye du dix-huitième siècle qui abrita d’abord l’abbesse sainte Salaberge, puis un ensemble de moines et de nonnes. Cet ordre monastique fut remplacé par l’ordre des bénédictins. Les lieux accueillirent aussi le collège de Laon, qui abritait les étudiants peu fortunés venant à Laon, depuis Paris pour suivre les enseignements de l’Ecole de Laon. Ce collège sera au dix-huitième transféré rue Vinchon dans le dernier haut lieu de spiritualité que nous visiterons l’après-midi.
Notre guide nous emmena « royalement » à la découverte de l’actuelle préfecture et nous eûmes la sensation de nous approprier ces lieux au silence d’un samedi retrouvé : le porche d’inspiration empire, les couloirs reliant pour l’un le conseil départemental et son bel ensemble architectural, l’escalier abbatial, le cloître, pour l’autre les bureaux non visibles, le bureau préfectoral, à peine entrevu, les appartements de réception et ce buste découvert dans les frondaisons de l’abbaye qui nous fait penser à Sainte Salaberge, et l’ensemble des jardins suspendus comme ceux de Babylone.
Aller des grilles de l’entrée aux ouvertures sur la campagne laonnoise nous permit ainsi une flânerie accompagnée des mille ans d’histoire que révèlent les lieux.
La porte d’Ardon nous fut alors ouverte par le président Denis Montagne qui nous narra les questions défensives de cette ville cerclée de 7 km de remparts et de « portes » qui symbolisent l’ouverture et la fermeture de la ville royale.
Le repas sur le parvis de la cathédrale fut notre trait d’union entre nourritures terrestres et nourritures culturelles, grâce à un repas fort aimablement servi sous le soleil. Nous y accueillons la co-présidente de l’ANMONM, notre hôtesse préfectorale et nos 28 convives.
La façade de la cathédrale fut révélée en début d’après-midi avec sa fonction propédeutique à l’entrée dans l’édifice. L’importance des porches, due à une nécessité de soutien des hautes tours, nous permit de passer du visible des sculptures dont certaines évoquent une sorte de pureté de la pierre avec le roi Nabuchodonosor, drapé d’une robe qui révèle tout le talent du sculpteur, anonyme, au symbolisme des représentations multiples de la naissance virginale. De l’alliance des anciens temps à l’annonce des temps ultimes : Ce qui se cache et se révèle est bien une vision universelle de la vie humaine et une anticipation par l’épiphanie de la fin des temps : l’ascension des corps, le pardon et l’accueil des pauvres, de ceux qui ont renoncé aux gloires du présent pour entrer dans les voies de l’éternité.
> Pour observer les détails des sculptures des voussures, voir l'article "La cathédrale Notre Dame de Laon" sur le site wikipédia.
Portail central : le couronnement de la vierge
Portail de droite : le jugement dernier
Portail de gauche : La nativité
Les Arts Libéraux
La cathédrale de Laon propose deux représentations des arts libéraux. Elles sont présentées sous forme de sculptures dans la seconde voussure de la fenêtre gauche de la façade ouest (datée vers 1200), et sous forme de verrières à la rose du transept nord (datée vers 1200-1210 ).
Voir article très documenté sur le blog de Jean-Yves Cordier
La sainte Face nous fit approcher le sens même de notre journée : que se cache-t-il derrière une face, une figure, un sourire, un regard, lorsque se pose la question de la représentation de l’image de l’absolu, de Dieu ? Refusée dans le monde hébraïque ou musulman, mais au contraire prônée dans le monde chrétien où le travail du regard permet à chacun de trouver sa voie vers les hautes sphères de la spiritualité. Christian Carette nous en dévoila savamment le mystère dans les arcanes des Véroniques et des Mandalyons anciens dont la chapelle latérale de la cathédrale est le secret sanctuaire. Nous étions alors, dans le silence de la chapelle, comme suspendus aux phrases de Christian, véritable alchimiste de la sainte face retrouvée.
Le couvent des minimes, haut lieu de la représentation militaire nous est alors ouvert par le colonel Vera, délégué militaire et nous donna une sorte de conclusion de ce qui se cache derrière les grilles, depuis la préfecture lieu du pouvoir temporel et de la République, les faces de la cathédrales, lieu des pouvoirs spirituels, et les grilles de ce bel ensemble de la rue Vinchon, lieu non des pouvoirs mais de l’autorité militaire. Le lieu abrita aussi le collège de Laon, migrant ainsi depuis l’abbaye Saint Jean et l’ordre monastique de Saint François de Paule, fondant l’ordre des minimes, ordre de moines pauvres et hospitaliers.
Lp Bouvet.